18 mars, 2009

Sous le signe de l'abondance - Chapitre 5 - La spécialisation - La machine

Chapitre 5 - La spécialisation - La machine

 A mesure que la production progresse, le producteur se spécialise. Cette spécialisation est elle-même facteur d'une plus grande production totale, avec moins d'efforts pour chacun.

 Depuis longtemps déjà, des hommes cultivent la terre, pendant que d'autres fabriquent des étoffes, que d'autres s'emploient au transport, d'autres à des services de diverses sortes.

 Mais la spécialisation s'accentue, même sur les fermes, et surtout dans l'industrie. Des travailleurs ne font plus qu'une parcelle, toujours la même parcelle, du produit fini.

 Au point de vue rendement, cette division du travail est certainement avantageuse, mais elle nécessite, pour la satisfaction des besoins des consommateurs, beaucoup plus de recours à l'échange. Parallèlement au développement de la division du travail, de la spécialisation, il faut donc un développement de souplesse dans le mécanisme des échanges.

 La division du travail a favorisé l'invention de la machine. En effet, plus la division est poussée, plus uniformément répété, plus automatique devient le mouvement de l'ouvrier qui exécute sa toute petite partie du tout. De là à remplacer la main humaine par la main mécanique, il n'y a qu'un pas.

 L'introduction de la machine contribue à augmenter la production, tout en diminuant le travail de l'homme.

 La division du travail et l'introduction de la machine sont en parfait accord avec le principe déterminant de la vie économique dans le domaine de la production: le maximum d'effet avec le minimum d'effort.

 Mais cette division du travail et cette introduction de la machine posent des problèmes qu'on n'a pas encore su résoudre.

 Si la division du travail a pour résultat d'abréger, presque de supprimer, le temps nécessaire à l'apprentissage, elle a pour inconvénient de transformer le travail en une véritable besogne. Quoi d'ennuyant et d'abrutissant comme de répéter heure après heure, jour après jour, le même mouvement, le même geste, sans avoir la satisfaction de réfléchir, de combiner, d'appliquer son cerveau! C'est le cas dans bien des rayons. Les facultés créatrices de l'homme entrent de moins en moins dans le labeur quotidien de l'ouvrier; celui-ci n'est guère qu'un automate, prélude de la machine d'acier.

 Une formule remédiatrice serait la réduction des heures d'ouvrage au strict minimum, pour laisser à cet ouvrier des loisirs pendant lesquels il pourra à son gré exercer ses facultés, redevenir un homme. L'autre est de hâter l'avènement de la machine qui fera, à la place de l'ouvrier, le mouvement uniforme qui n'est déjà plus un travail d'homme proprement dit.

 Mais, avec les règlements économiques actuels, qui exigent la participation personnelle à la production pour obtenir un titre à la production, on devine de quoi s'accompagne la libération de l'ouvrier. Les loisirs s'appellent chômage, l'homme libéré est un crève-faim.

 Les machines, assure-t-on, ne déplacent pas la main-d’œuvre de façon durable, parce que de nouvelles occupations, créées par de nouveaux besoins, offrent aux sans-emploi un débouché nouveau, au moins jusqu'à ce que là aussi la machine vienne le chasser un jour. Tout de même, ces dérangements, ces expropriations continuelles du travail de l'ouvrier, désorganisent de plus en plus sa vie, bannissent toute sécurité, empêchent de fonder sur l'avenir, forcent la multiplication des interventions d'État, conduisent à l'enrégimentation.

 Faut-il donc approuver les oppositions qu'on a toujours remarquées à l'avènement de presque toute machine nouvelle? Pas du tout. Mais il faut adapter le système de distribution des biens.

 Puisque les machines augmentent les biens au lieu de les diminuer, la production mécanique ne devrait qu'augmenter l'abondance dans les foyers. même si le travail personnel de l'homme dans la production diminue. Et cela devrait se faire sans heurts, sans bouleversements, sans enrégimentation. C'est possible, à la condition qu'on dissocie, au degré voulu, le droit à la production de la contribution personnelle à la production.

 C'est, on le verra plus loin, ce dont se croit capable le Crédit Social, en introduisant dans la distribution le régime des dividendes à TOUS et à CHACUN, dans la mesure où le salariat reste impuissant à disposer des biens.

 Avec la production de plus en plus spécialisée et de plus en plus mécanisée, chaque producteur, homme ou machine, fournit, dans la ligne de son emploi, une quantité de plus en plus considérable de biens qu'il n'utilise pas lui-même.

 Or, tout ce qu'un producteur fournit au-dessus de ses besoins personnels est pour le reste de la communauté. Ainsi, toute la production d'un cultivateur, au-dessus des besoins de sa famille, est nécessairement pour le reste de la communauté. Toute la production d'un forgeron, hormis ce qui est pour l'usage de sa famille, n'est destinée qu'à d'autres dans la communauté.

 Les machines, elles, ne consomment rien de ce qu'elles produisent. Leur immense production vient donc grossir ces surplus qui, de quelque façon, doivent atteindre les consommateurs pour que la production accomplisse sa fin.

 On y mettra les règlements appropriés que l'on voudra pour que nul ne soit lésé. Il faudra tout de même que, de quelque manière, les consommateurs puissent tirer sur cette abondante production qui dépasse les besoins particuliers des producteurs qui l'ont mise au monde. Et plus abondante est cette production non absorbée par ses auteurs, plus large doit être le canal de son écoulement, plus généreux les titres qui y donnent droit. 

Par LouisÉvan